Les frelons asiatiques : on départage le vrai du faux

La MaisonEcoHuis a décidé de vous retranscrire ici un article de Bruxelles Environnement sur le frelon asiatique. Vous trouverez ici le lien > https://environnement.brussels/blog-citoyen/sorties-et-actions/le-frelon-asiatique-departage-le-vrai-du-faux

Le frelon asiatique est une espèce exotique envahissante bien présente en Région bruxelloise. Pour faire face aux idées reçues et ‘fake news’ sur cet insecte, on vous en dit plus : depuis quand le trouve-t-on chez nous, est-il dangereux, tue-t-il nos abeilles et que faut-il faire si on découvre un nid ?

VRAI ET FAUX. Le frelon asiatique et le frelon d’Europe sont cousins, ils se ressemblent donc “de loin”. Mais un regard un peu plus vigilant permet vite de les distinguer en regardant quelques éléments précis.

Le frelon asiatique a des pattes jaune vif, une tête orange au front noir, un thorax et un abdomen noirs avec un seul segment jaune. Il est aussi appelé frelon à pattes jaunes car leur bout est jaune citron, comme le montre l’image ci-dessus. En vol, il ressemble à une grosse guêpe noire avec une ligne orangée marquée.

Le frelon d‘Europe a des pattes et un thorax bruns rougeâtres et son abdomen est jaune rayé de noir. Ses couleurs sont plus vives et sa combinaison de noir-jaune-rouge doit faire penser à son caractère “bien belge”. Il est aussi un peu plus grand que le frelon asiatique.

Introduit en Espagne en 2020, le frelon asiatique est présent à Bruxelles depuis 2023.

FAUX. Le frelon asiatique a été introduit par accident en France en 2004. Il est présent à Bruxelles depuis 2018 et les nids se comptent par centaines depuis 2023.

Les frelons asiatiques construisent toujours leurs nids dans les arbres.

FAUX. En général, les frelons asiatiques construisent d’abord un nid primaire dans un endroit abrité, proche du sol, comme une haie, un buisson, un cabanon de jardin… En été, quand il y a trop d’individus et que l’espace autour du nid restreint son développement (environ 70% des cas), la colonie se déplace et construit un nid secondaire plus haut dans les arbres, mais aussi dans les bâtiments (10%) et les haies (3%), souvent à plus de 10 mètres de hauteur.

Le frelon asiatique peut se reproduire plusieurs fois par an et les colonies survivent à l’hiver.

FAUX. Il n’y a qu’une seule génération de frelons par an. Après reproduction en automne, les futures reines fondatrices passent l’hiver abritées et elles établissent des nids primaires au printemps. Les mâles, les ouvrières et la vieille reine de la colonie mère, quant à eux, meurent au début de l’hiver.

Les nids de frelons asiatiques sont réoccupés tous les ans.

FAUX. Les colonies sont annuelles et chaque reine crée son propre nid. Les nids toujours visibles en hauteur en hiver sont donc des nids en décomposition (de fin novembre jusqu’en avril-mai). Ils ne seront plus réoccupés par des frelons l’année suivante.

Le frelon asiatique attaque systématiquement les humains.

FAUX. Ils ne sont agressifs que si leur nid est menacé (généralement si l’on s’approche à moins de 5 mètres en faisant du bruit, par exemple avec des outils de jardinage ou en gesticulant) et/ou s’ils se sentent en danger. Les attaques sont souvent associées à des tentatives de destruction par des personnes non formées et des méthodes non recommandées, ou à des accidents lors de travaux et de jardinage (nid bien caché dans la végétation lors de débroussaillage par exemple). N’essayez pas de détruire un nid, et inspectez bien la zone avant de jardiner !

Le frelon asiatique peut tuer un humain avec une seule piqûre.

FAUX ET VRAI. Le venin du frelon asiatique est aussi dangereux que celui d’une guêpe. Bien sûr, chaque personne est susceptible de réagir différemment et d’être plus ou moins sensible au venin. Les piqûres ne sont, en général, dangereuses qu’en cas de très grand nombre (plus de 20), si elles sont mal placées (visage ou gorge) ou en cas d’allergie au venin de guêpes et abeilles.

Le frelon asiatique est responsable de la disparition des populations d’abeilles.

FAUX ET VRAI. Il faut d’abord distinguer l’abeille mellifère (domestique) qui vit en grand nombre dans les ruches, des centaines d’espèces d’abeilles sauvages qui sont généralement solitaires et sont tout autant, voire plus, essentielles à la pollinisation et au maintien des écosystèmes.

Le risque principal occasionné par le frelon asiatique concerne l’apiculture (les abeilles mellifères qui représentent environ 2/3 de son alimentation en milieu urbain) et moins directement les abeilles sauvages qui vivent de manière plus éparpillées dans l’environnement.

Bien que le frelon chasse les abeilles, il n’est évidemment pas leur seul prédateur. Qui plus est, les pesticides, les maladies, la pollution, la pollution lumineuse ou encore la perte d’habitats naturels jouent également un rôle significatif dans le déclin des pollinisateurs.

Le frelon asiatique ne mange que des abeilles.

FAUX. C’est un opportuniste à l’alimentation variée. Les larves sont carnivores et mangent les proies chassées par les adultes, souvent des insectes localement abondants : abeilles, guêpes, mouches… on note aussi occasionnellement à son menu la chenille de la pyrale du buis, une autre espèce exotique envahissante.

Les adultes, quant à eux, se nourrissent de sucre issu de fruits et de substances sucrées, notamment le nectar des fleurs. On peut donc observer des frelons butiner des fleurs ou lécher des fruits murs, surtout en fin d’été.

Le frelon asiatique n’a pas de prédateurs naturels en Europe.

VRAI ET FAUX. Certains oiseaux, comme la bondrée apivore ou le guêpier d’Europe, peuvent les chasser efficacement en s’attaquant directement aux nids. En Espagne, par exemple, le frelon asiatique a permis de quadrupler la population du rapace protégé qu’est la bondrée apivore. En revanche, en Belgique, ces espèces ne sont pas très abondantes et cela reste donc anecdotique (pour l’instant), expliquant en partie l’expansion fulgurante de l’espèce.

Des parasites et maladies peuvent également les affecter mais n’ont pas d’impact significatif et peuvent avoir des effets négatifs sur les espèces locales. De plus, les frelons peuvent même se tuer entre eux : la compétition entre femelles et l’usurpation de nids sont fréquents. Ils sont également consommés dans l’alimentation humaine en Asie. Pour finir, le piégeage de printemps, avant que les jeunes reines fondent leur nid primaire, pratiqué sans encadrement est dévastateur pour les insectes locaux.

Il faut tout de suite appeler les pompiers si l’on voit un nid de frelons.

FAUX. Il ne faut contacter les pompiers qu’en cas de danger grave et urgent : menace vitale ou rendant un environnement inhabitable/inaccessible (par exemple, une attaque directe de frelons en groupe, un nid présent dans un espace public très fréquenté avec impossibilité de passer par un autre chemin…).

S’ils ne présentent pas un danger immédiat, contactez un désinsectiseur professionnel formé. Si vous appelez les pompiers et que la situation n’était pas urgente, l’intervention pourra vous être facturée.

Nous allons devoir apprendre à vivre avec le frelon asiatique.

VRAI. Bien que des techniques de destruction de nids et la mise en place de pièges existent, il est certainement impossible d’éradiquer totalement le frelon asiatique, à présent bien installé sur une partie de l’Europe. Sachant qu’un nid peut produire plus de 500 fondatrices qui se dispersent à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, nous devrons donc apprendre à vivre et cohabiter avec ce nouvel arrivant.

En tant que citoyen, citoyenne, placer des pièges dans mon jardin ou sur mon balcon aide la biodiversité.

FAUX. Le piégeage des reines n’est pas recommandé s’il n’est pas justifié localement (présence d’un ancien ou nouveau nid, protection de ruches…). Piéger “par principe” peut s’avérer dangereux pour les autres espèces d’insectes indigènes bien utiles, et peut même attirer des frelons asiatiques qui ne seraient peut-être pas passés par là.

Pour contribuer à la gestion du frelon asiatique, vous pouvez encoder vos observations sur observations.be ou via les applications associées : ObsIdentify (iOS & Android), iObs (iOS) ou ObsMap (Android), en précisant qu’il s’agit d’un nid si c’est le cas. En cas de nid sur votre terrain, faites appel à un professionnel de la désinsectisation formé à la gestion du frelon asiatique.

Je peux poser des pièges moi-même contre le frelon asiatique.

VRAI. MAIS il doit être encadré pour que l’impact sur la biodiversité ne soit pas pire que le frelon lui-même et être pratiqué pendant les périodes officielles (voir sur Renature.brussels pour la Région bruxelloise) ! Le piège à noyade classique (bouteille découpée et remplie d’un liquide attractif), en plus d’être inefficace, est non sélectif : les reines de guêpes ou de bourdons peuvent être tuées. Il est d’ailleurs interdit en zone d’espace verts et dans les sites Natura 2000. Utilisez des modèles suffisamment sélectifs, avec un dispositif anti-noyade.

Pour les apiculteurs, apicultrices, en cas d’attaques sur les ruches, il est bien sûr préférable de les protéger en installant des cages grillagées (mailles de 5,5 mm) ou des « muselières » à frelons, vendues dans le commerce ou fabriquées.

Dans tous les cas, une autorisation du gestionnaire (commune ou Bruxelles Environnement) est nécessaire dans les espaces publics ainsi qu’une dérogation officielle à l’ordonnance nature dans les réserves naturelles, forestières et sites Natura 2000.