Depuis 2017, un couple de faucons pèlerins (Falco peregrinus) s’est installé tout en haut du beffroi de l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles. Un nichoir spécialement conçu pour l’espèce y a été placé afin de leur offrir un site de reproduction sûr et adapté. En levant les yeux, il est d’ailleurs possible d’apercevoir l’entrée de ce nichoir, discrètement intégrée à l’architecture du bâtiment.

La présence de ces rapaces emblématiques en plein cœur urbain est une formidable opportunité de découvrir la biodiversité locale et de mieux comprendre la place de la nature en ville.


Un rapace spectaculaire

Le faucon pèlerin est un rapace chasseur en plein vol. Il repère ses proies depuis les airs, prend de la hauteur puis fond sur elles lors d’un piqué impressionnant pouvant atteindre près de 400 km/h, ce qui en fait l’animal le plus rapide du monde.

Son régime alimentaire est composé presque exclusivement d’oiseaux capturés en vol. En milieu urbain, il chasse principalement des pigeons, des perruches, mais aussi des moineaux ou des oiseaux de passage lors des migrations. Il est donc possible, en se promenant à Saint-Gilles, de tomber sur les restes d’une proie : pas d’inquiétude, la prédation fait naturellement partie des équilibres écologiques.

À noter que la femelle est nettement plus grande que le mâle : celui-ci, appelé tiercelet, mesure environ un tiers de moins. Cette différence de taille se reflète aussi dans leurs proies, le mâle chassant généralement des oiseaux plus petits que ceux capturés par la femelle.


Observer les faucons à Saint-Gilles

En levant un peu les yeux, vous pourrez observer régulièrement les faucons pèlerins de Saint-Gilles : seuls, en couple ou accompagnés de leurs jeunes selon la période de l’année.

Chaque année, dès la mi-février, le cycle de reproduction recommence :

  • parade nuptiale et accouplements,
  • ponte des œufs,
  • couvaison,
  • éclosion,
  • élevage des jeunes,
  • puis envol des juvéniles.

Durant cette période, les faucons sont particulièrement visibles car les parents effectuent de nombreux allers-retours pour nourrir leurs petits.

Il peut arriver qu’un jeune tombe du nid avant de savoir voler correctement. Dans ce cas, n’intervenez jamais vous-même. Contactez le Centre de Soins pour la Faune Sauvage au 02 521 28 50 : un professionnel agréé prendra en charge l’oiseau et le replacera dans le nichoir. Une intervention non adaptée pourrait compromettre sa survie.

Les faucons pèlerins se font aussi entendre. Leur cri, souvent aigu et répétitif, est typique, surtout en période de reproduction. 👉 https://www.oiseaux.net/oiseaux/faucon.pelerin.html


Une belle histoire de retour en Belgique

Le retour du faucon pèlerin en Belgique est l’une des grandes réussites de la protection de la biodiversité.

Au cours du XXᵉ siècle, l’espèce a frôlé l’extinction en Europe. Les pesticides utilisés en agriculture contaminaient leurs proies, entraînant l’empoisonnement des adultes et fragilisant les coquilles des œufs. À partir des années 1970, l’interdiction progressive de ces substances et la mise en place de directives européennes de protection des oiseaux sauvages ont permis à l’espèce de se rétablir.

C’est ainsi qu’un premier couple est revenu nicher en Belgique en 1994. Aujourd’hui, on compte à peu près 300 couples nicheurs dans le pays, y compris en milieu urbain (15 en Région de Bruxelles Capitale), où les bâtiments élevés remplacent les falaises naturelles.

👉 En savoir plus : Faucons pour tous


Pourquoi baguer les faucons ?

Le baguage est une méthode scientifique essentielle pour mieux connaître les faucons pèlerins. Chaque oiseau reçoit une bague unique à chaque patte, permettant de l’identifier individuellement à l’aide de jumelles ou en cas de découverte ultérieure.

Ces données permettent de suivre les déplacements, la longévité, les sites de reproduction et l’évolution des populations. Le baguage est strictement encadré : seules des personnes habilitées peuvent le pratiquer. L’intervention est rapide et réalisée avec beaucoup de précautions afin de limiter le stress pour les jeunes oiseaux.

À Saint-Gilles, les deux adultes nicheurs sont bagués, ce qui permet de mieux comprendre leur histoire et leur parcours. Les jeunes sont annuellement bagués également, ils seront à cette occasion pesés et un échantillon de duvet sera prélevé pour des analyses scientifiques.

Bagage en 2025 (par Dider Vangeluwe)

Une cohabitation à préserver

La présence des faucons pèlerins à Saint-Gilles est le résultat d’années d’efforts en faveur de la protection de la nature. En respectant quelques règles simples — observer à distance, ne pas intervenir, signaler les situations inhabituelles aux autorités compétentes — chacun et chacune peut contribuer concrètement à la préservation de cette espèce remarquable.

Mais la conservation du faucon pèlerin passe aussi, et avant tout, par la réduction et l’arrêt de l’utilisation de substances toxiques, comme les pesticides, qui contaminent l’environnement. Ces produits s’accumulent dans les chaînes alimentaires et peuvent empoisonner les rapaces au sommet de celles-ci, fragiliser leur reproduction et mettre en péril leurs populations.

Les faucons pèlerins nous rappellent ainsi que la ville peut être un refuge pour la biodiversité, à condition de préserver des milieux sains, en ville comme à la campagne. Prenons le temps de lever les yeux, de repenser nos pratiques et de partager cet espace avec le vivant.